Coordonatrice clinique du Centre Wellington, Nicole Lahaie travaille ardemment au rétablissement des personnes atteintes de maladies mentales.
Une réalité bien ancrée, mais à peine visible
Le Centre Wellington
Plus de 450 personnes le fréquentent et une vingtaine d’intervenants y travaillent. Pourtant, le Centre Wellington, situé en plein cœur de la rue du même nom à Verdun et accueillant des patients de l’Institut Douglas depuis 2000, passe presque incognito pour un passant qui se ballade sur cette artère commercial du quartier.
Le Centre Wellington, haut de quatre étages, grouille en activités et en ateliers du matin au soir, permettant à des personnes atteintes de maladies mentales de reprendre leur vie en main en réorganisant leur quotidien ou en insérant le marché du travail.
L’endroit est lumineux et vivant. Tous ceux qu’on y croise ont le sourire aux lèvres. «Ici on ne peut faire la différence entre les personnes», indique la conseillère en informations scolaires et professionnelles, Nicole André-Guay, alors qu’elle croise deux personnes référées par l’Institut Douglas dans l’escalier du Centre. «Certains sont plus avancés dans la maladie, mais ce n’est pas inscrit sur eux, et on ne voit pas toujours qu’ils sont malades, car ils sont avant tout des gens comme vous et moi», ajoute-t-elle.
La mission là-bas est d’ailleurs de démystifier la maladie mentale, allant de la schizophrénie à la dépression et aux troubles bipolaires.
«Nous avons ici des professeurs, des journalistes, des infirmières, dont la maladie s’est un jour déclenchée, et qui ont vu leur vie basculer», avoue Nicole André-Guay qui aide des personnes du Centre, faisant partie du programme Intéragir, en partenariat avec Emploi-Québec, à réinsérer le marché du travail.
«Notre vision est celle du rétablissement, souligne la coordonatrice clinique du Centre Wellington, Nicole Lahaie. Nous travaillons sur le développement de l’individu afin de lui offrir une orientation qui tend vers le rétablissement selon ses intérêts et objectifs.»
Briser les mythes et les barrières
«Pour l’heure, le plus gros problème est que plusieurs confondent déficience intellectuelle et maladie mentale», lance Nicole André-Guay. Cette dernière explique du coup qu’une barrière persiste toujours, car les personnes atteintes de maladies mentales sont exclues de la société, étant plutôt considérées comme «les autres».
«Il faut faire en sorte qu’il n’y ait pas de différence entre les citoyens d’une même communauté. Il faut défaire les préjugés et démêler les gens», affirme Nicole Lahaie, pour qui cette solution est le seul vrai moyen de démystifier la maladie mentale.
Quelques places pour un atelier d’art ont d’ailleurs été ouvertes pour les Verdunois. Les intervenants du Centre souhaitent que des ouvertures comme celles-ci deviennent chose courante, afin que l’endroit ait une vocation plus communautaire. «Le problème est que nous nous butons souvent au manque d’intérêt des grandes instances, confie Nicole André-Guay. Et il y de la crainte, car quand on ne connaît pas une situation, on vient facilement à en avoir peur.»
Elle note toutefois qu’il y a eu une certaine évolution quant à la perception de la maladie mentale : «Il n’y a pas si longtemps, les résidants auraient refusé de voir un Centre comme le nôtre s’ouvrir en plein cœur de leur communauté».
Les services du Centre Wellington étaient auparavant donnés sur le territoire de l’Institut Douglas. C’est suite à une réforme des services en 1998, et un appel d’offres afin de trouver un édifice, que le Centre Wellington à ouvert ses portes à Verdun en 2000. «Par ceci, nous voulions que nos services soient offerts dans la communauté, car, avant, au Douglas, les personnes s’adonnaient plutôt à des thérapies occupationnelles, en partenariat avec des entreprises. Mais cette structure ne leur permettait par d’intégrer le marché du travail, ce que plusieurs souhaitaient», soutient Nicole Lahaie.
Voler de ses propres ailes
Une fois accueilli au Centre Wellington, ceux qui ont été référés par l’Institut Douglas établissent, par le biais de rencontres, leurs objectifs selon leurs aspirations. Certains souhaitent se trouver un emploi, d’autres veulent retourner à l’école ou réorganiser leur quotidien. Voilà pourquoi le Centre a établi différents partenariats avec diverses entreprises, Emploi-Québec, la Commission scolaire de Montréal et la Commission scolaire Lester-B.-Pearson.
Plusieurs deviennent même employés au sein même du Centre, travaillant à la cafétéria, à l’accueil ou à la boutique Uniquement vôtre, dont la vitrine donne sur la rue Wellington.
Ce petit magasin salue avec brio les œuvres de tous ceux qui participent aux ateliers d’arts, allant de la poterie à la confection de cartes et de céramiques. «Pour nos artistes, cet espace de vente est une réelle reconnaissance de leur travail et ils en dégagent un certain gagne-pain», souligne la coordonatrice du Centre.
Pour Luz Garcia, qui chapeaute l’atelier de cartes, les personnes qui participent à son cours retirent une fierté sans borne de leurs créations et de la reconnaissance qui est faite de leur travail. «L’art est une thérapie où il y a de l’échange et où les préjugés tombent. L’art est rassembleur», confie Luz Garcia qui lève du même souffle son chapeau au travail qui est fait au Centre Wellington.
Un travail qui permet à un nombre important de réintégrer le marché du travail. «Sur 100 personnes qui font partie du programme de soutien à l’emploi, 86 se forgent une place et se trouvent un emploi», confie Nicole Lahaie.
Reste que de la sensibilisation doit constamment être faite auprès des employeurs afin que les droits de personnes atteintes de maladies mentales soient respectés.
Voilà pourquoi le Centre Wellington continue de se battre pour que ses portes s’ouvrent de plus en plus au monde extérieur afin que les gens du 4932 de la rue Wellington forment un tout homogène avec l’ensemble de la communauté.