MONTREAL - L'économie mondiale est prise entre le "feu" de l'inflation et la "glace" d'une possible récession, a souligné lundi le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, en estimant toutefois que le Canada se tirerait mieux d'affaire que le reste du monde.
De passage dans la métropole québécoise dans le cadre de la Conférence de Montréal, M. Strauss-Kahn a néanmoins indiqué que le FMI allait abaisser "légèrement" ses prévisions de croissance pour le Canada, cet automne.
Les dernières prévisions de l'organisme multilatéral, qui remontent à avril, annonçaient pour le Canada une croissance de 1,3 pour cent en 2008 et de 1,9 pour cent en 2009. Les Etats-Unis connaîtront cependant une croissance quasi nulle jusqu'au milieu de 2009, a avancé lundi le grand patron du FMI.
A l'instar des autres conférenciers qui ont pris la parole lundi, l'ancien ministre socialiste français a estimé que la solution à la crise financière et à la flambée des prix des matières premières passait par une concertation mondiale. Au premier chef, la réglementation des pays et des organisations internationales devra être resserrée, a-t-il noté.
Si la crise alimentaire devait se prolonger, elle pourrait non seulement freiner la croissance économique de pays en développement qui en ont bien besoin, mais aussi menacer la démocratie et la paix dans certaines régions, a relevé Dominique Strauss-Kahn.
Celui-ci a reconnu que pour pleinement jouer son rôle "dans une économie qui a changé", le FMI devra songer à mettre en place un "nouvel instrument de liquidité" à la disposition des pays membres. Et moduler ses actions en fonction des différentes régions du monde.
"Le fameux 'one size fits all' qui était quand même la tradition du Fonds monétaire est quelque chose qu'il faut que nous revoyions", a-t-il admis.
M. Strauss-Kahn a par ailleurs incité la Chine à laisser sa devise, le renminbi, s'apprécier davantage.
Volker blâme la Fed
De son côté, Paul Volker, président de la Réserve fédérale américaine de 1979 à 1987, a blâmé l'institution qu'il a dirigée, mais aussi les autres institutions publiques et les agences de notation de crédit, pour la crise financière des derniers mois. Selon lui, la Fed, présidée par Alan Greenspan jusqu'en janvier 2006, a favorisé la surconsommation et le boom immobilier aux Etats-Unis.
La crise est un "cri d'alarme" qui doit inciter les décideurs à réformer en profondeur le régime réglementaire du secteur financier, a plaidé M. Volker.
"Une partie importante du nouveau monde financier (caractérisé par les produits dérivés complexes) a prospéré sans être surveillée adéquatement quant à sa stabilité", a-t-il commenté.
"Le monde de la finance moderne a besoin d'être repensé en ce qui a trait à la réglementation", a affirmé M. Volker, maintenant âgé de 80 ans.
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