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La Banque du Canada laisse son taux d'intérêt directeur à 3 pour cent

Presse Canadienne Article mis en ligne le 10 juin 2008 à 0:00
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OTTAWA - La Banque du Canada a défié mardi les attentes de la plupart des analystes en mettant subitement fin à la série de réductions de son taux d'intérêt directeur, laissant ce dernier à trois pour cent et avertissant que l'inflation s'annonçait comme une menace sérieuse à l'économie.
La décision de mardi fait suite à quatre réductions consécutives entreprises depuis décembre. En laissant son taux inchangé, la banque centrale a pris les économistes du secteur privé par surprise. Certains d'entres eux ont critiqué la décision du nouveau gouverneur de la banque, Mark Carney, et son incapacité à donner des signaux clairs quant à ses intentions.
"Je crois qu'ils n'ont pas pris la bonne décision et je crois aussi qu'ils n'étaient pas très contents du pétrin dans lequel nous sommes", a estimé Dale Orr, économiste chez Global Insight Canada.
"L'inflation m'inquiète, mais j'aurais penché de l'autre côté. Beaucoup de personnes sont en difficulté, et ils le seront davantage qu'ils auraient pu l'être dans la dernière moitié de l'année."
L'économiste Douglas Porter, de la Banque de Montréal, a affirmé ne pas être en mesure de se souvenir de la dernière fois que la banque centrale avait pris une autre décision que celle attendue par la grande majorité des économistes du secteur privé.
Le marché s'attendait en général à une baisse d'un quart de point de pourcentage pour le taux de financement à un jour. Le dollar canadien a pris plus d'un cent à la suite de l'annonce de la banque centrale, pour finalement clôturer en baisse de 0,08 cents US à 97,81 cents US.
A la grande surprise des économistes, la Banque du Canada a surtout évoqué le risque de l'inflation en annonçant sa décision, même si elle a concédé que l'économie ne performait pas à son meilleur.
En avril, la banque centrale avait réduit d'un demi-point de pourcentage son taux directeur, tout en indiquant que qu'il faudrait "probablement encore augmenter le degré de détente monétaire". Depuis, Statistique Canada a indiqué que le produit intérieur brut avait reculé de 0,3 pour cent au premier trimestre.
Mais la banque a signalé mardi qu'elle était davantage inquiète de la hausse des prix du pétrole, dont le baril se transige actuellement aux alentours de 135 $ US à la Bourse des matières premières de New York (Nymex).
"Si les prix de l'énergie demeurent à leurs niveaux actuels, l'inflation mesurée par l'indice des prix à la consommation global se hissera au-dessus de 3 pour cent plus tard cette année", a prévenu la banque, ajoutant cependant que l'inflation de base, qui exclut les prix volatils de l'énergie et d'autres produits, resterait probablement en-dessous de sa cible de deux pour cent jusqu'à la fin de 2009.
Le choix de passer de la lutte à la récession à celle contre l'inflation est soudain et discutable, a estimé Derek Holt, vice-président des études économiques chez Scotia Capitaux.
"Je crois qu'il était un peu prématuré, dans le contexte canadien, de retirer les réductions de la table et de se tourner aussi vigoureusement vers les craintes liées au risque d'inflation", a-t-il affirmé.
La Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine tentent peut-être de coordonner leur politique dans le but de raffermir la valeur du billet vert et "d'écumer" les prix des matières premières, a avancé M. Holt comme explication.
Le président de la Fed, Ben Bernanke, a indiqué lundi que la prochaine annonce de la banque centrale quant aux taux d'intérêt américains pourrait être celle d'une hausse, puisque "les risques voulant que l'économie connaisse un ralentissement substantiel ont diminué au cours du dernier mois".
Mais il est plus probable que la Banque du Canada et la Fed adoptent des approches similaires parce qu'ils observent les mêmes choses - la flambée des prix du pétrole et une meilleure croissance mondiale que prévu, a indiqué M. Porter.
"Personnellement, je n'ai pas de gros problème avec la décision parce que je dis depuis un certain temps que la banque a été un peu trop agressive dans ses réductions de taux cette année (...) et mon opinion est que l'économie va mieux que ce que laissent croire les données sur le produit intérieur brut."
La Banque du Canada a indiqué s'attendre à ce que l'économie nationale reparte à la hausse plus tard cette année et accélère en 2009.
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne

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