Le vide existentiel
«Le XXIème siècle sera spirituel ou il ne sera pas», disait André Malraux. Pourtant, chez la génération «Passe-Partout», objet du projet expérimental de leurs parents - les baby-boomers -, souvent toutes notions religieuses et spirituelles ont été évacuées.
Bien sûr, cette tabula rasa a une justification historique et ces parents que la foi a déserté à force de dimanches forcés dans une église moralisatrice, face aux curés contrôlants, ont voulu faire cadeau de la pensée critique et du libre-choix à leur progéniture.
Exit donc les cours de catéchèse et les visites à l'église. La coupure avec les institutions catholique, et religieuses en général, a si bien fonctionné que souvent leurs enfants, aujourd’hui âgés environ entre 20 et 35 ans, ne font même plus baptiser leur(s) enfant(s) (tant mieux, il parait que les limbes ont été abolies!), non pas en guise protestation, mais simplement parce que cela ne leur traverse même pas l'esprit, pas plus d’ailleurs que de se marier tout court, alors encore moins à l'église.
Soit, l’utopie rêvée est donc devenue réalité et la société québécoise laïcisée se serait libérée des chaînes restrictives et inhibantes d’un dogme catholique rigide. Mais il y a toujours un revers à la médaille…
Plongés malgré eux dans une sorte d'existentialisme tel qu’imaginé par Camus et Sartre, les jeunes adultes d’aujourd’hui, sans compter la génération montante qui les suit, cherchent désespérément un sens qu’ils ne trouvent pas. Immunisés en bas âge contre toute forme de croyance dogmatique et irrationnelle, ils ne se retrouvent que dans le scepticisme et l’individualisme. Nos aînés ne croyaient pas si bien dire en annonçant le début d’un temps nouveau!
Le Québec a troqué la grande messe collective, la peur du jugement des pairs et du jugement dernier par un égocentrisme inconfortable et anxiogène. Le sens prescrit a été remplacé par l'angoisse du néant, l’angoisse de sa propre liberté. Résultat, la consommation d’antidépresseurs n'a jamais été aussi importante chez les jeunes.
Si de balancer la religion contraignante était probablement une bonne chose et un cadeau fait en toute bonne foi par la génération des «baby-boomers» à ses enfants, le problème est que rien n'est venu la remplacer comme liant social dans notre société en manque de rêve collectif.
Une chose est sûre, peu retournent au vieux dogme catholique, contrairement à ce que pourraient laisser penser Les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui se tiennent à Sydney ces jours-ci. Au contraire, chez la majorité, une acceptation résignée d’une vie dénuée de but profond, que l'on tente de masquer pas le métro-boulot et les accouchements réguliers au nombre de deux par famille, nombre normatif commun, remplace toute quête spirituelle. C’est bien connu, pour ne pas trop penser, il faut s’occuper. Triste réalité pour cette génération sacrifiée.
Raul Ernesto Colon Rodriguez
Commentaire mis en ligne le 23 juillet 2008Il s’agit sans doute d’un sujet polémique, mais très actuel, les alternatives de sens de la vie pour les nouvelles générations, après l’effondrement des utopies restent l’argent ou (à nouveau!) la religion. Néanmoins je crois que la possibilité d’accroître sans limites nos capacités de compréhension du monde et de l’univers doivent, (dans un moment donné), nous permettre d'innover au niveau social, d’envisager d’autres formes de relations humaines. Quelques pistes dans ce sens d'ailleurs, nous donne Jacques Attali dans son livre « Brève histoire de l’avenir » Bonne lecture à tous!