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Ange de la rue

Dans la peau d’un brigadier scolaire

Alexandre Gauthier par Alexandre Gauthier
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Article mis en ligne le 28 février 2008 à 12:15
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Ange de la rue
Francine Champagne-Migneault assure depuis 12 ans la sécurité du passage des élèves sur la rue Wellington, au coin de Rhéaume, près du boulevard LaSalle. (Photo: Martin Chamberland)
Ange de la rue
Dans la peau d’un brigadier scolaire
Des conducteurs distraits et pressés menacent chaque jour la vie des écoliers. La police a confié le mandat aux brigadiers scolaires d’assurer un aller-retour sécuritaire aux enfants entre leur maison et leur école primaire. Ces anges de la rue dévoilent le secret de leur travail en un mot: le respect.
Respect mutuel des enfants et du brigadier, mais aussi respect des conducteurs et cyclistes envers les directives du brigadier, dont le travail est de faire traverser la rue aux écoliers en prévenant tout danger. Les passages sont généralement situés près des écoles et choisis en fonction du fort débit de circulation qui représente un risque élevé pour la sécurité des jeunes.

Dans l’arrondissement de Verdun, 24 passages sont ainsi surveillés par autant de brigadiers chaque jour aux alentours de neuf écoles primaires. Le Magazine a rencontré trois brigadiers fidèles au poste, le vendredi 22 février dernier, pour partager leur expérience de travail et certaines anecdotes. Leurs observations se rejoignent: il faut aimer les enfants, être patient, se servir de son jugement et apprécier Dame Nature pour exercer ce métier.
Créer des liens
Francine Champagne-Migneault se trouve au coin des rues Wellington et Rhéaume, près du boulevard LaSalle, dès 7h25 depuis 12 ans, même si, chaque année, elle dit vouloir prendre sa retraite. «Je me sens mieux dehors qu’en dedans chez moi», dévoile-t-elle pour expliquer sa présence.

Depuis le temps, elle a tissé des liens avec différentes personnes, autant des élèves de l’école Notre-Dame-de-la-Paix et leurs parents, que d’autres étudiants de l’école des métiers ou de l’école secondaire Mgr Richard, ainsi que des travailleurs qu’elle voit passer quotidiennement à pied, en vélo ou en auto.

La brigadière d’expérience sait vers quelle heure chaque enfant arrive au passage et lesquels sont à la dernière minute. Elle se permet aussi de les gâter de chocolats et de friandises à Pâques et à l’Halloween. «Je reçois parfois des cadeaux de leur part pour les Fêtes et à la fin des classes», dit-elle.

Mère de deux enfants, Mme Champagne-Migneault réside à Verdun avec son mari. Elle profite du temps entre ses surveillances du matin, du midi et de la fin des classes pour faire ses commissions et les tâches domestiques, en plus de bien se restaurer pour tenir la journée, peu importe la température. «J’ai un rhume et j’aurai probablement pris congé, mais je tenais à répondre au journaliste», confie celle dont le travail consiste aussi à juger rapidement si les véhicules et cyclistes vont ralentir à l’approche du passage dont elle est responsable.
Des enfants attachants
La température clémente en matinée a fait place à des flocons de neige à partir de midi. Une situation que n’avait pas prévue Lisette Wattier, brigadière depuis novembre dernier au passage des rues de l’Église et Éthel, où est située l’école Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. «Je portais l’imperméable orange ce matin, puis j’ai décidé d’enfiler seulement le dossard jaune ce midi», explique celle qui déplore, en outre, le corridor de vent à cet endroit. Elle a remis l'imperméable en après-midi.

Mère de trois enfants et grand-mère 15 fois, Mme Wattier utilise beaucoup la psychologie avec les enfants. «Au début, ils traversaient la rue en courant. Ils ont appris à respecter mes consignes.» La discipline affichée par les élèves est aussi le fruit de la ténacité de la brigadière. Son sourire et son approche avec les enfants les amènent à lui montrer leur affection. «Certains me disent merci, d’autres me donnent des caresses. Je m’attache à eux et je les console quand ils pleurent.»

Veuve et résidante de Verdun depuis 1965, Mme Wattier s’est engagée comme brigadière pour remplir sa vie. Après quatre ans de service comme surnuméraire, elle a choisi sa traverse. «Les parents sont bien contents d’avoir une autre personne régulière depuis le décès, en septembre, de la brigadière qui était là depuis 30 ans».
Reconnaissance appréciée
Même chose pour Suzanne Bourgeois, qui a remplacé, en octobre dernier, le brigadier en fonction depuis quatre ans à l’intersection du boulevard Île-des-Sœurs et de la rue Berlioz, pour sécuriser le passage des élèves de l’école Île-des-Sœurs, qui est en outre la plus passante des traverses de l’arrondissement.

«Au début, les enfants me demandaient où était monsieur André. Maintenant, je connais pratiquement tous les noms des enfants qui traversent la rue. J’ai développé une relation de confiance avec eux. Ils sont gentils et polis et me remercient plus souvent qu’un employeur peut le faire avec son personnel, précise-t-elle avec justesse. C’est très apprécié.»

La brigadière, qui a deux enfants et cinq petits-enfants, se plaît dans son nouveau rôle. «J’aime les enfants et être dehors pour prendre du bon air, même quand il ne fait pas beau. Je m’habille selon la température», souligne celle qui était surnuméraire depuis seulement un mois avant d’obtenir sa permanence comme brigadière, en raison d’une pénurie. Originaire des Îles-de-la-Madeleine, Mme Bourgeois a aussi vécu sur la Côte-Nord avant d’arriver à Montréal il y a 11 ans.

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