Edith, mère monoparentale, bientôt sans logement.
(Photo: Daniel Marchand)
Mère monoparentale, sept enfants, et bientôt sans logement
Le premier août, Édith et ses sept enfants risquent de se retrouver à la rue. Le propriétaire de son 6 ½ à Côte-Saint-Paul reprend son logement. Pourtant, cette maman monoparentale attend une place en HLM depuis plus de trois ans. Sous le couvert de l’anonymat, elle a accepté de raconter son histoire à Montréal Express.
Édith en a assez de vivre sur la corde raide. C’est la deuxième fois en moins de 5 ans qu’elle subit une reprise de logement. Cette fois, elle risque de se retrouver sans toit alors qu’elle est enceinte de jumeaux. « Tout ce que je veux, c’est offrir le meilleur à mes enfants, plaide-t-elle. Mes enfants, je les aime, Je ne suis pas du genre à les laisser traîner le soir dans la rue. Tout ce que je veux, c’est vivre dans un environnement convenable pour élever ma famille. »
Bien souvent, elle a l’impression de se retrouver devant un cul-de-sac. « Ma plus petite est malade : elle est autiste et s’auto mutile. C’est pourquoi je ne suis pas retournée travailler. Personne ne pouvait s’occuper d’elle. Mais, dès que je peux, je retourne aux études et sur le marché du travail! »
Trop d’enfants
En attendant, la dernière fois où elle s’est renseignée, elle se trouvait 57e sur la liste d’attente pour obtenir un loyer à prix modique. « Lorsque j’ai fait ma demande pour un HLM, on m’a dit que j’avais trop d’enfants ! Ils disent de peupler le Québec et lorsqu’on le fait, personne ne nous aide ! », s’attriste Édith, qui accouchera bientôt de jumeaux.
L’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) évalue les demandes grâce à plusieurs critères, soutient Martin Després, chargé de communication de l’organisme. Le revenu, le prix du loyer, le fait d’être coincé dans un appartement trop petit, le nombre d’enfants mineurs, les problèmes psychosociaux, etc. : tous ces critères sont transformés en points qui indiquent l’urgence de la situation.
À première vue, la jeune femme vivant de l’Aide sociale correspond à tous les critères pour se trouver en tête de la liste d’attente. En plus d’avoir à sa charge six de ses sept enfants, dont quatre en bas âge, deux d’entre eux sont handicapés. « Il faudrait quasiment que je passe au feu pour avoir une place en HLM », ironise-t-elle. Effectivement, les personnes sinistrées se trouvent propulsées en haut de la liste d’attente.
Là où le bât blesse, c’est que, selon les normes établies par l’Office, il faudra au moins cinq chambres pour abriter Édith et sa marmaille. Une denrée rare à Montréal. « Ce genre de loyers, il y en a très peu. On ne compte que 307 logements du genre, indique Martin Després. On ne peut donc pas mettre dehors des gens qui y sont de plein droit. Il faut attendre qu’il y en ait un qui se libère. » Le parc locatif ne compte que sept logements de plus de cinq chambres à coucher.
Vérification faite après l’appel du Montréal Express, Martin Després a constaté que, aujourd’hui, Édith a changé de position sur la liste d’attente. Une nouvelle qui ne garantie rien pour la maman de 34 ans. « Mais, même si son rang est élevé, ça ne veut pas dire qu’un grand logement va se libérer sous peu. » Confidentialité oblige, impossible de savoir à quel rang se trouve la jeune femme.
Une situation exceptionnelle
Heureusement, Édith reçoit une aide d’urgence qui lui permet de ne payer qu’un quart de son revenu pour se loger. Mais le propriétaire qui a accepté de lui louer son 6 ½ de Côte-Saint-Paul a changé. Et depuis, les problèmes s’accumulent. Si bien qu’aujourd’hui, faute de mieux, elle doit se contenter de vivre avec les souris qui ont envahi l’immeuble. « C’est l’enfer ! J’ai même passé un mois et demi cet hiver sans eau chaude. Je lavais les plus petits dans le lavabo, avec de l’eau bouillie ! »
Pour éviter ce genre de situation, l’OMHM prend des ententes avec les propriétaires d’immeuble qui accueillent des locataires recevant des prestations de supplément au loyer. « Dans ce cas-ci, le problème doit provenir du fait que le propriétaire a changé. Mais, si elle se trouve un nouveau logement, elle pourra encore toucher la subvention », fait valoir Martin Després. Pour l’instant, le compte à rebours est commencé pour Édith, qui épluche elle-même les petites annonces dans l’espoir de trouver un endroit où il fait bon vivre.
Les normes de l’OMHM
deux personnes de moins de sept ans occupent la même chambre;
une seule chambre à coucher est allouée pour deux personnes de moins de 14 ans, de même sexe, dans la mesure où leur différence d’âge n’excède pas six ans; une chambre à coucher est allouée à toute personne de plus de 14 ans ne faisant pas partie d’un couple.
Le système de pointage de l’OMHM
Les points sont attribués selon les critères suivants :
-Le revenu et les biens détenus : maximum 40 points
(Plus le revenu et la valeur des biens sont faibles, plus les points se rapprochent de 40.);
-Le coût du loyer (incluant les services) : maximum 30 points;
(Plus le loyer est élevé, plus les points se rapprochent de 30.);
-La condition actuelle du logement : maximum 30 points;
-Le surpeuplement : maximum 10 points;
-L’ancienneté de la demande : maximum 10 points
(Deux points pour chaque année.);
-Les enfants mineurs : pour chaque enfant mineur 5 points;
-Les facteurs sociaux ou psychosociaux : maximum 5 points.
« Il faudrait quasiment que je passe au feu pour avoir une place en HLM », ironise Édith.