Mercredi 14 décembre, 19h00. Une dizaine d’enfants courent dans tous les sens dans le hall d’entrée du Centre culturel de Verdun, alors que d’autres regardent attentivement des paires de lunettes faites en… céramique?
C’est ce que propose l’exposition utile(in)utile des artistes, Geneviève Godin et Ximena Holuique, avec la collaboration des élèves du deuxième cycle du primaire de l’école Chanoine-Théorêt.
Présenté jusqu’au 12 janvier, ce vernissage est le résultat d’une résidence de création qui s’est déroulée durant près de trois mois. Les deux artistes ont élu domicile dans l’établissement scolaire. Chaque mardi, elles conviaient les enfants à des discussions sur l’importance de l’art dans le milieu scolaire, dans leur atelier.
«L’objectif premier de ce projet était de créer un lien entre le milieu culturel et le milieu scolaire, ce qu’on voit rarement aujourd’hui», dévoile Antoine Roy-Larouche, chargé de projets au Centre Turbine, un groupe de création et de diffusion de pratiques actuelles en art et en pédagogie, sans qui utile(in)utile n’aurait pas pu voir le jour. «Nous avons pu offrir un espace de création pour les artistes, mais aussi un soutien quotidien aux enfants.»
L’exposition propose au visiteur une dizaine de binoculaires aux couleurs et motifs différents. On retrouve, par exemple, la «lunette de fête», avec des bougies au-dessus des verres, et la «lunette de feu», ornée de flammes rouges. Des bols en céramique de tout genre ont aussi été fabriqués.
«Geneviève et moi-même avons décidé de partir de la céramique et d’explorer son utilisation avec des objets banals de tous les jours: des lunettes et des bols, partage Ximena Holuique, le sourire aux lèvres. Chaque paire de lunettes a une thématique différente, pour représenter le vécu de chacun.» La jeune artiste se dit très surprise de l’intérêt des enfants. Elle ne s’attendait pas à ce qu’ils soient autant impressionné par la céramique. «Plusieurs sont venus me voir pour me dire ʺMerci, maintenant je veux être artiste!ʺ ou ʺJ’ai découvert une nouvelle passionʺ. C’est le meilleur compliment qu’un artiste peut recevoir!», s’exclame avec entrain l’artiste de 29 ans.
Même son de cloche pour Catherine Marie Lancheville, une enseignante de quatrième année à l’école Chanoine-Théorêt. Elle a accueilli le projet à bras grands ouverts. «Pour les élèves, l’artiste, c’est le monsieur avec le béret et le foulard», dit-elle en riant. Elle espère sincèrement que l’initiative se répètera. «Toute ouverture est une bonne ouverture. Celle-ci était même nécessaire pour notre école», ajoute l’institutrice de 35 ans.
Pourquoi la céramique?
Une question persiste toujours: pourquoi avoir choisi comme médium, la céramique? Geneviève Godin, une des artistes de l’exposition utile(in)utile, explique qu’il s’agit du procédé qu'elle et sa campagne maîtrise le mieux. Alors qu’elle travaille la technique de la céramique de façon plus conceptuelle, sa consoeur, Ximena Holuique, elle, favorise une approche plus traditionnelle. «On a pu ainsi voir le processus de création de deux artistes qui voient la céramique de deux façons complètement différentes, mentionne Geneviève Godin, bachelière en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal. En plus, on a eu plusieurs surprises, car la céramique est un médium incontrôlable, on a dû travailler avec l’imprévisible durant notre résidence.» Geneviève Godin poursuit présentement une maîtrise dans le même domaine, à l’université. Quant à Ximena Holuique, après des études en production cinématographique à Concordia, ses œuvres font désormais parties d’une série d’explorations narratives autobiographiques réalisées au Canada, aux États-Unis, au Chili et à Cuba. Les deux femmes jettent un œil rapide aux jeunes enfants présents ce soir. Nul besoin de les connaître pour savoir qu’elles ont tissé des liens d’amitié extrêmement forts. «Nous n’en avons pas parlé encore, mais j’espère que cette expérience sera renouvelée l’année prochaine», lance Ximena Holuique. (Ewan Sauves)